Orlando Blood

Cher ami lecteur, j’étais en train de te rédiger un texte très léger que j’allais partager avec toi quand dimanche la bêtise humaine a encore frappé, à Orlando cette fois. Le 1er avril dernier, après les attentats belges, je me disais que si j’avais été un terroriste de l’EI, j’aurais mis sur ma liste à plastiquer Washington. Bon, euh, je n’étais pas sur la bonne côte, mais les Etats-Unis étaient dans le viseur, puisqu’un nouveau taré a essayé tranquillement de liquider une boîte de nuit gay où se trémoussaient 300 personnes.

Bilan : une cinquantaine de morts, et autant de blessés.

Hé bien ami lecteur, dans cette authentique démarche écolo qui est la mienne au quotidien, j’ai choisi de recycler une partie de mon texte, car tu le verras, il n’est pas si loin que ça de la problématique sur le néant qui sévit actuellement dans certaines têtes.

En jetant un vieux Elle de décembre dernier, je suis tombée sur cette information à me faire tomber la mâchoire jusqu’à la cave : 64% des femmes auraient rappelé leur ex après avoir écouté « Hello » de Adèle.

J’ai dû relire trois fois cette statistique tellement elle m’a paru sur le moment aussi surréaliste que la loi soi-disant-pour-réduire-le-chômage El Khomri. Et je me suis dit : d’un côté, ça milite à mort pour l’égalité hommes-femmes, et de l’autre, ça fait des trucs si débiles qu’aucun mec, même ceux dont le cerveau est constitué de sperme, de bière le tout à l’intérieur d’un ballon de foot, n’est assez niais pour les faire.

Non mais sérieux, les filles.

Comment être crédibles après ça ?

Adèle fait une chanson un peu poignante, et comme une petite imbécile, tu te prends pour la chanteuse qui a si bien compris ton moi intérieur que forcément tu téléphones à ton ex, ce qui, cela étant dit entre nous, est toujours une mauvaise idée, quelle que soit l’heure et ton degré d’alcoolémie.

Alors tu te prends à frémir d’horreur quand tu apprends qu’Alicia Keys ne se maquille plus et que cette bonne idée risque de nous faire supporter une horde de filles au saut du lit, sans assaisonnement, et pour le coup, je risque fort de devenir ponctuellement une passionaria du selfie pour que ces filles retournent illico dans le Séphora le plus proche.

Mais, me diras-tu ami lecteur, les filles ne sont pas les seules à suivre docilement les autres moutons jusqu’à la falaise. Spontanément j’ai pensé à tous nos hipsters anticonformistes, dont le look est paradoxalement un summum de conformisme absolu, chaque hipster étant la photocopie tous les autres hipsters de la planète. Au point qu’un soir, passant avenue Vellefaux, j’ai cru débarquer dans la secte des barbus à parkas kaki et chemise à carreaux. Hé oui, faut pas se tromper dans les bars à qui tu roules ta pelle, mademoiselle : tu peux créer une altercation entre barbus, voire attraper une mononucléose, ce qui serait pour le moins embarrassant. Mais bon, la présidentielle arrivant, les changements politiques entrainant souvent des changements de mode, nos moutons vont pouvoir, que sais-je, raser leur barbe par exemple, ou – truc de dingue, révolution ! – mettre des chemises unies…

On commence par un look aussi personnel qu’une maison Phénix et on se retrouve à avaler les idéologies et valeurs du groupe.

Mais que se passe-t-il quand on se trompe de groupe ?

Quand le consensus ne se limite plus à une question de poils et un style bucheron ?

Hé bien c’est là que depuis quelque temps, les exemples de pensée grégaire ne montrent pas l’homme sous son meilleur profil. En effet, outre des comportements particulièrement élégants et raffinés en groupe à proximité de stades (castagnes diverses et ensanglantées à Marseille hashtag Euro 2016), on est passé au niveau supérieur de pensée de groupe cette fois suite à la remarquable action du bipolaire Omar Mateen qui, ayant prêté allégeance à l’EI, a fait irruption dans un club gay, le Pulse, armé d’un fusil d’assaut AR-15 et s’est fait son propre Bataclan à lui tout seul. Bientôt, mes articles ne seront plus que des listings des crimes perpétrés au nom d’une pensée religieuse unique particulièrement tolérante, où pour mémoire : mieux vaut être un homme hétéro et musulman et rester chez toi pour prendre l’apéro.

Et encore, désormais, même chez toi, tu peux être pris en otage et égorgé, comme ce fonctionnaire de police en civil et sa compagne, zigouillés, sous les yeux de leur petit garçon de 3 ans hier dans les Yvelines par un autre forcené allahakbarisé.

Alors que faire d’autre à part répéter comme Coco le perroquet qu’on n’a pas peur, qu’on continuera à aimer son prochain dans la tolérance et le respect, et finalement, dis-moi ami lecteur, quel est le sens de l’égalité homme-femme, parce que si ça veut dire, qu’un jour nous les filles on va dessouder tous ceux qui ne pensent pas comme nous, puisque jusqu’à présent, sauf preuve du contraire, les attentats sont tous perpétrés par des hommes, hé bien, finalement, l’idée que 64% des filles font des trucs parfaitement idiots apparaît soudain bien moins rebutante.

Et comme loin de nous, ami lecteur, l’idée de prôner une supériorité quelconque à l’un ou l’autre sexe, capables l’un comme l’autre, du pire comme du meilleur, je ne m’arrêterai jamais d’espérer qu’un jour les intelligents de tout bord feront comprendre à ceux qui le sont visiblement moins que ce que tu fais aux autres, tu le fais avant tout à toi-même.

Ami lecteur, que la pensée autonome soit avec toi ! A la semaine prochaine !

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Robe Blanche va-t-elle se taper Tee-Shirt Gris ?

C’est une des questions que je me suis posée vendredi dernier, dans un bar à l’apéro, parce qu’à l’apéro, le temps n’est pas aux questions ontologiques.

Il faut dire que Robe Blanche elle en envoyait, des watts.

C’était difficile de nier son existence, ni même de ne pas lui prêter attention : ondulations et trémoussages horizontaux, verticaux, en diagonale même. Jets de cheveux longs dans le périmètre, agitation de bras : si je ne l’avais pas remarquée, c’est que subitement la cataracte m’aurait frappée entre deux verres de rosé piscine.

Evidemment, Robe Blanche ne faisait pas tout ça pour rien.

Robe Blanche avait jeté son dévolu sur Tee-Shirt Gris, que je n’aurais sans doute même pas aperçu s’il n’avait été la cible plus ou moins consentante de Robe Blanche.

Au-delà de la nécessité d’avoir un air que l’on suppose hyper cool (selon des critères discutables à l’infini) dans un lieu de rencontres sociales, toute l’agitation de miss Robe Blanche semblait à première vue, au moins bien fatigante, mais surtout contre-productive.

Si elle visait Tee-Shirt Gris, il avait l’air mal à l’aise.

Si elle visait un autre gars, dans un périmètre proche, ils buvaient tous un verre sans la regarder, c’était donc un fiasco.

Pourtant, elle n’était ni vieille, ni moche, ni mal foutue, Robe Blanche. C’est juste qu’elle a fait une campagne de comm répulsive. Ma compassion naturelle me dicte ces quelques conseils bienveillants pour que toutes les Robes Blanches des vendredi soir ne cumulent plus tous ces faux-pas.

Tout d’abord, le déshinibateur universel, l’alcool, est un faux-ami. Contrairement à l’idée reçue que tu en as, il ne te met pas du tout en valeur, mais te fait gesticuler toujours plus fort, chanter plus faux, ton regard et ta parole partent se coucher en même temps que ta dignité, ton haleine devient approximative (c’est-à-dire, proche de l’équidé). Bois le verre du courage si tu veux, mais restes-en là. Si un deuxième verre t’es absolument nécessaire, alors prends un Get 27, au moins tu resteras classe quand la police te demandera tes papiers sur le trajet du retour.

Oublie les robes moulantes, courtes et décolletées à la fois : c’est un triple message sur le même sujet, à n’utiliser qu’avec parcimonie dans le cadre d’une attitude minimaliste et fatale, un coude nonchalamment appuyé au bar. Sinon : à bannir. Tout comme de porter en même temps des bracelets à un bras et une montre à l’autre, ou un énorme collier et des grosses boucles d’oreilles : c’est la gastro visuelle assurée.

Si tu as besoin d’un amplificateur d’exubérance (alcool, drogue, sac Yves Saint Laurent) alors, de deux choses l’une : soit tu es mal dans ta peau, alors évite les psychotropes, ça va se voir encore plus ; soit tu n’es pas exubérante, et là tu peux être miss monde, t’as quand même l’air d’une dinde, comme toujours quand tu fais des choses qui ne te correspondent pas. Regarde, même Jeff Tuche a compris que dans la vie tu as tout à gagner si tu es toi-même (sauf si tu es toute noire à l’intérieur, mais bon, ce n’est pas l’objet du débat).

Je ne saurais donc trop te recommander un peu de sobriété à tous les étages : un regard, s’il n’est pas injecté de sang mais de sensualité et de promesses, peut être bien plus efficace que toutes les ondulations les plus cosmiques que tu pourras imaginer (surtout si ton copain le rythme est parti dans un autre bar), et si d’aventure, tu l’accompagnes d’un joli sourire, gageons que pour un effort minimum, tu obtiendras bien plus qu’avec tout le mal que tu t’es donné dans ce débit de boissons branchouille.

Alors c’est sûr, Robe Blanche est à mille lieues de la loi Travail, elle ne se demande pas sur qui va peser l’augmentation des consultations généralistes par l’Assurance Maladie, elle s’en tamponne que Macron paie ou pas l’ISF : aujourd’hui elle a mis tous ses atouts en vitrine, oubliant le principe du mystère incitatif et de la promesse alléchante de découverte.

C’est peut-être ça aussi son problème : tellement centrée sur sa personne, qu’elle en a perdu la mesure des proportions.

C’est pourquoi, ami lecteur, je réfléchirais désormais à deux fois si j’étais toi avant de prendre ce 3e verre qui tue ta dignité, avant de t’habiller pour envoyer le mauvais message, et tu pourras comme ça te préoccuper de choses autrement plus profondes et gratifiantes !

A la semaine prochaine !

Le Festival de l’Ennui

Cher ami lecteur, tu ne le sais peut-être pas, mais une de mes principales activités de loisir consiste à voir des films, encore et encore.

Alors tu te dis que je devrais être contente, le Festival de Cannes, le plus important festival du monde est initié en France et vient de se terminer.

Le palmarès de cette année sonne mieux qu’une pharmacie remplie de Lexomil. Quand tu visionnes les bandes annonces de la plupart des films qui y sont projetés, l’idée de les voir te séduit autant que de te jeter sous un train.

Alors, si je me réjouis que la France soit une patrie de cinéma, je m’interroge : pourquoi faut-il que, en France, l’art et la culture soient aussi assommants ?

Se faire raser pour avoir l’air intelligent, est-ce une fatalité ?

C’est sûr, hier Ken Loach nous a gratifiés d’un discours qui mériterait un article à lui tout seul. Son cinéma engagé, s’il n’est ni funky, ni distrayant, et encore moins innovant, a au moins le mérite d’interpeler. Palmons-le alors, c’est chouette, le jury payé des millions pour chacun de leurs films est heureux de vous faire prendre conscience que vous devriez vous bouger le cul pour faire changer les choses.

Mais alors si les choix sont politiques, quelle est la place de l’art dans ce type de manifestation ?

La critique elle-même, qui pourtant aime bien s’emmerder devant un film, surtout s’il est étranger et joué par des inconnus authentiques (ou d’authentiques inconnus, la célébrité, c’est tellement plébéien) n’a pas été emballée par « Le Client » d’Asghar Farhadi, pourtant présent deux fois au palmarès. C’est à se demander si les membres du jury ne reçoivent pas une feuille de route des relations internationales de la France avec les pays en compétition pour les guider dans leurs choix…

A l’opposé, de nombreux blogs de cinéma et le public cannois se sont enthousiasmés pour « Toni Erdemann » de Maren Ade. Les avis sont unanimes. Et où donc se trouve le film ? Assurément pas dans le palmarès, qui a décidément du mal à appliquer l’égalité hommes-femmes (une seule femme récompensée un jour lointain d’une année lointaine, Jane Campion).

Et quand je regarde, moi, spectatrice lambda, la liste des films en compétition, je suis à peu près sûre de ne retrouver aucun des films que j’aurais envie d’aller voir dans la liste des primés.

Suis-je donc une ignare ? Une personne qui ne comprend rien à la profondeur des messages, insensible, qui s’endort à la vue des 4 clés de Télérama ?

Faut-il être soporifique pour être crédible, en témoigne la réunion annuelle super mortelle  de remise des Césars ?

Peut-être pas.

Si le cinéma français préfère se prendre le chou, l’art pictural préfère se payer ouvertement ta tête. En janvier dernier, mue par un besoin culturel de masse, je suis allée voir l’expo Warhol au MAM à Paris, où j’ai regardé des plans fixes interminables de proches de l’artiste, où je me suis pris des ballons argentés géants dans la tronche, où j’ai failli me jeter à travers un écran où était projeté « Empire », film interminable de l’artiste, consistant en un plan fixe d’une image dégueulasse en noir et blanc de l’Empire State Building pendant près de huit heures depuis le coucher du soleil jusqu’au noir complet.

Alors face à ce choix cornélien – me faire suer jusqu’aux confins d’une vie où j’aurais les pieds dans des baskets respectables et présentables en soirées sur carton, ou rejoindre un troupeau de chèvres prolétariennes déconsidérées mais hilares – je me demande quelle est mon alternative.

Et comme je n’ai aucune envie de me taper des films allemands où l’action défile au ralenti, d’autant que je ne me suis pas encore remise du visionnage de « Knight of Cups » de Terrence Malick (Christian Bale en dépression alors qu’il se tape Nathalie Portman, Isabel Lucas et Freida Pinto, deux heures de voix-off avec des phrases du genre « où tout ça nous mène? » : je vais te le dire, au bar avec une bouteille de gin et du Xanax), je m’en vais faire une croix sur mes ambitions d’avoir un jour un air intelligent.

Parce que ce n’est pas grave.

Je vivrai Cannes à travers les bandes-annonces, et les Césars à travers le résumé du journal de la nuit. Ce sera suffisant : pioncer, on y consacre assez de temps dans une vie pour ne pas le faire au cinéma.

Alors ami lecteur, cette semaine, ris, sors des vannes, divertis-toi, regarde des films qui te font plaisir, et surtout, ne rejoins pas les snobs : ce sont des gens qui se font chier.

A la semaine prochaine !!!

Let’s Talk About Sex

Deux discussions de comptoir m’ont récemment informée que :

  • à force de critiquer tout le temps, le masque de l’auteur aigri me guette ;
  • je manquais de bienveillance, spécialement dans l’observation de mes contemporains.

Certes.

Je pourrais discuter de la pertinence de ces commentaires avinés, mais en tant que défenderesse de l’empathie et de l’écoute, je me dois de prendre en compte les suggestions de mon sympathique lectorat.

J’ai donc choisi un sujet bienveillant et joyeux : le sexe.

Voilà qui va intéresser tout le monde (sauf peut-être mon ancienne voisine de Pigalle, asphalteuse, qui n’aura pas forcément envie de parler boutique sur ses temps de pause).

Le sujet est vaste, mais ouf ! Ifop est là pour interroger tout un tas de gens sur la question.

A savoir que 26% des personnes interrogées ont moins d’un rapport par semaine.

Comprends bien ce chiffre, ami lecteur : imagine une semaine, du lundi au dimanche, sept journées entières plus sept nuits entières, sans aucune activité sexuelle partagée, et ce pour plus d’un quart des personnes interrogées : la lose (ou peut-être un quart des personnes interrogées l’ont-elles été dans une maison de retraite ou un monastère ??).

Pourtant, tu te dis : le chômage étant en hausse (3, 85 millions en février 2016), logiquement, voilà une activité gratuite que tu peux pratiquer n’importe quand puisque tu ne travailles pas. Hé bien, ça ne fonctionne visiblement pas comme ça, puisqu’il semble que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont ceux sont les moins satisfaits sexuellement (31%), et chacun sait que ce ne sont pas les chirurgiens ni les chefs d’entreprise qui votent pour lui.

Donc : plus tu es pauvre, moins tu bosses et moins tu baises.

La chair sans salaire est triste.

Alors, tu peux toujours t’inscrire sur Tinder, l’appli des coups d’un soir.

Pas besoin qu’on sache quoi que ce soit de la merveilleuse personne que tu es, ce dont tout le monde se fout il faut bien le dire, on te demande juste que ta turbine soit bien visible.

Sauf que, passé une certaine fraîcheur (située quelque part au-delà de 30 ans), ça a un côté assez pathétique (pour preuve, qui s’en vante ?), et pas vraiment attrayant. D’autant plus que désormais les jeunes maîtrisent et reproduisent les codes et contorsions véhiculées par Youporn, le romantisme n’étant plus désormais décliné que dans les salles de concerts classiques. Range ta spontanéité, nous sommes désormais à l’ère technique.

Ta prochaine partie de jambes en l’air est géollocalisable : plus besoin de payer un resto ni même un verre, alors parler à quoi bon : tu as Facebook et Twitter pour faire tes bons mots.

Le truc, c’est que tu ne veux surtout pas faire partie des 24% qui ne baisent pas du tout (encore une fois, qui donc a été interrogé ???) : et quoi de plus compliqué (monter un meuble IKEA ?) que de rencontrer quelqu’un de nos jours pour vivre une vraie relation ? Rassure-toi : un profil avec une bonne petite photo bien avantageuse suffira à te sauver de la lose.

Mais alors, ta vie sexuelle ne dépendrait-elle plus que de ton efficacité à te prendre le meilleur selfie ? Utilise vite ton CPF pour faire une formation multimédia spécialisée dans la prise d’image et son amélioration, et remercie l’Etat pour cette gentille loi sur la formation professionnelle qui va te permettre de choper plus souvent.

Mais ça ne résout qu’en partie ces chiffres dramatiques, à savoir que 24+26=50% ont moins d’un rapport par semaine, voire aucun, aucun, (non, non, ne crie pas ami lecteur). Comment faire en sorte que le sexe redevienne un sujet sympa et ludique, et pas un objectif à remplir sous peine d’être définitivement hors du circuit social ? Surtout que, preuve que les sondages ont une fiabilité discutable, 74% des personnes interrogées se disent satisfaites de leur vie sexuelle… A moins d’un rapport par semaine, tu peux donc conclure que 50% du panel a menti à un moment ou à un autre.

Alors il te reste bien la solution de suivre les chiffres et de déménager dans le sud en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon pour avoir la satisfaction de pratiquer davantage fellations et cunnilingus… où se situent par ailleurs, les plus forts taux de chômage (15,4% de la population des Pyrénées-Orientales). Comme quoi, baiser et sucer sont deux activités hautement distinctes, il ne faudrait vraiment pas confondre.

Tu pourrais aussi poser un acte révolutionnaire et éteindre tablette et smartphone pour aller à la rencontre des gens et t’intéresser à eux, mais ça, c’est une autre histoire.

Ce que j’aimerais vraiment que tu notes, c’est ma volonté à vouloir écrire un article bienveillant : ce n’est pas faute d’avoir essayé. Alors promis la prochaine fois, je prendrai un vrai sujet 100% aimons-nous les uns les autres, la planète, les animaux et les plantes : je te parlerai de Pierre Rahbi.

Alors souviens-toi que tu n’es pas un chiffre, ami lecteur, et à la semaine prochaine !

Panama Toilet Papers

Alors que j’aimerais tellement parler de chiffons et d’astrologie, de quel rosé je vais boire cet été ou du dernier bouquin d’Aymeric Caron et me demander ensuite comment ne pas faire de discrimination à l’égard des hamsters, voilà qu’une fois encore, surgit un barouf financier qui balaie toute les futilités sur son passage : les petits papiers du Panama. Hier encore, on ne savait même pas le situer sur une carte, et aujourd’hui, c’est tout juste si je n’ai pas un tee-shirt « I LOVE PANAMA » et un chapeau du même nom sur la tête.

Ainsi – scandale ! – un nombre certain de personnes riches (assez pour remplir plusieurs stades) a dépouillé le fisc de leur pays respectif via 214 000 sociétés offshore.

Face au climat de morosité économique, et surtout, à l’augmentation continue des taxes qui pèsent sur les classes moyennes (Bibi), ces fichiers donneraient presque envie d’adhérer au PCF et de prier Saint Georges Marchais qu’il vienne botter un peu les fesses à ces nantis, qui n’ont semble-t-il, jamais assez d’argent pendant que le lumpenproletariat se meurt en regardant les Anges de la Téléréalité (penser à creuser le rapport de cause à effet).

Sans déconner.

Un petit sondage bien placé dans le Parisien nous envoie ces chiffres édifiants :

  • 83% des sondés pensent que la fraude fiscale constitue un problème grave (grave comment ? comme dans une chanson de Maître Gims genre « t’es grave bonne » ou « j’suis grave vénère » ?)
  • 19% des sondés se disent prêts à pratiquer l’évasion fiscale à condition d’avoir beaucoup d’argent.

Donc : un tiers des Français pensent que, plus t’as d’argent, moins la fraude fiscale est grave.

Un autre sondage Tilder/LCI affirme que 64% des personnes interrogées n’en ont clairement rien à secouer des Panama Papers (dont certains Papers remontent à 1970, au bout de combien de temps on est tranquille, bordel !?).

Donc clairement, tout est affaire de perspective et surtout, de compte bancaire.

Sérieux, ami lecteur, si le tien était bien garni (je sais c’est dur, mais imagine quand même), et que, tu avais, que sais-je, un courtier qui te fasse tes placements, et qu’il te place des ronds au Panama, Guatemala, Botswana, les Caïmans ou les Bermudes, et qu’il te dit, une société offshore, c’est légal et ça défiscalise sans danger, tu fais quoi ?

Tu paies l’Etat ?

Tu le paies pour qu’il te ponde de jolies lois fort utiles, comme la loi El Khomri ? Ou encore plus drôle, des mesures contre la transparence fiscale, comme il y a quelques mois ? Sérieux ?

Nous voilà face à l’une des grandes contradictions de l’être humain : selon où tu as les pieds, ça ne sent pas pareil.

Et le pire, c’est que tous les points de vue se défendent, en cela que ce ne sont que des points de vue.

En fait, le seul vrai scandale ici, c’est de s’être fait gauler.

Les Américains l’ont bien compris : ils ne sont que 211 sur les papers à être domiciliés aux Etats-Unis, et on n’est même pas sûr qu’il s’agisse vraiment d’américains. Et d’ailleurs, pourquoi défiscaliser, quand on a le Delaware, le Wyoming ou le Nevada, où tu peux faire ton offshore « in-shore ». Quant à savoir si un américain ou assimilé est à l’origine ou a contribué à la fuite, ça, on ne sait pas, hein.

Alors ce qui est sûr, là tout de suite, c’est que je fais partie de ceux qui paient des impôts pour compenser tous ceux qui n’en paient pas.

Mais quand je lis Alexis Poulin (Directeur d’EurActiv France) et Marc Chesney (Professeur et Directeur de l’Institut Banque et Finance de l’Université de Zurich), qui proposent de remplacer la TVA et l’impôt sur le revenu par une simple taxe de 0,5% sur tous les paiements électroniques et que cela suffirait apparemment amplement, j’ai de quoi me mettre la rate au court-bouillon.

Et je me dis qu’on pourrait aller encore plus loin : si on poussait la transparence jusqu’aux salaires et montants d’imposition d’une façon généralisée, il y a fort à parier qu’abuser deviendrait largement plus compliqué.

Mais comme je rêve, car le changement ce n’est pas pour demain (ni après-demain, à part peut-être en ce qui concerne les Guignols de l’Info, c’était hier et depuis c’est nettement moins bien), je vais redescendre sur terre et laisser mes mains sécher à l’air libre en sortant des toilettes, car les super sèche-mains à air pulsés tellement rigolos de chez Dyson, projetteraient en fait 190 fois plus de virus que la serviette en papier. On en revient donc toujours au papier, et la boucle est bouclée.

Alors lave-toi bien les mains à l’eau chaude et au savon pendant au moins 20 secondes, ami lecteur, et ne regrette juste qu’une seule chose : qu’il ne soit pas aussi simple de se débarrasser d’une bactérie que de l’avidité humaine.

Bonne semaine !

 

Bruxelles, attends-moi j’arrive…

Rebelote.

Le 22 mars 2016, rebelote au pays des frites : bilan 31 morts et 340 blessés.

Bon, on ne va pas encore faire un couplet sur l’horreur.

Ce n’est pas comme si on ne savait pas que ça allait arriver.

Tout le monde l’a dit, les experts, les terroristes, les médiums, ma concierge.

Le truc, c’est d’arriver à déterminer où va se passer le prochain attentat, de façon à être ailleurs au moment où ça se passe.

Sauf que, comment déterminer la logique du terroriste en charge de déterminer la prochaine explosion ? Apple va-t-il me sortir une appli ? Avec un petit algorithme calculant une liste de lieux probables où des barbus vont me faire sauter le caisson (et le reste) ???

Réfléchissons un peu, et mettons quelques punaises rouges sur une mappemonde, comme dans Homeland, avec quelques clichés agrandis de terroristes en noir et blanc en train de sortir d’un pressing suspect.

Paris a sauté deux fois, d’abord symboliquement puis on est tous devenus Charlie, comme quoi une mobilisation Facebook c’est très puissant, puisqu’un an plus tard quelques centaines de Charlies ont été transformés en viande à bolognaise alors qu’ils profitaient tranquillement d’un apéro ou d’un concert, dans les quartiers les plus bobos de la ville.

Au cours de cette deuxième fois, il n’est pas inopportun de préciser que, en plus d’établissements branchouilles et d’une salle de concert à bloc, le stade de France était dans la ligne de mire sauf que le kamikaze a fait du travail d’arabe et a loupé le RER qui l’aurait amené à la station Saint-Denis avant la fermeture des portes pour le match.

Quatre mois plus tard, nous revoilà à Bruxelles à l’Aéroport et à une station de métro en heure de pointe : 31 morts et 340 blessés, contre 130 morts et 413 blessés à Paris (auraient-ils perdu la main ?) revendiqués par l’Etat Islamique, mais aussi à Lahore au Pakistan, avec 72 morts et 200 blessés revendiqués par les Talibans pakistanais.

Y a un concours international de la connerie ou quoi ? On peut donner un prix ex-aequo aux deux factions, pas la peine de continuer l’escalade, tout le monde a gagné.

Mais ça ne nous dit pas quelle sera la prochaine destination de vacances à éviter, ni même s’il est recommandé de passer son dimanche dans tel ou tel parc.

Pour ce faire, essayons de nous mettre dans la peau d’un terroriste, un peu à la manière de l’Actor’s Studio.

Nous avons donc une mission grandiose qui nous dépasse, celle qu’Allah nous donne, qui est d’établir un état musulman partout où c’est possible, puisque nous détenons la vérité, et que le reste du monde est un abruti ignorant à éduquer.

Nous sommes donc persuadés que nous faisons partie d’un plan bien plus grand que nous et que nous détenons le bien futur de l’humanité, et ça, ça vaut bien quelques dommages collatéraux. Et puis, pour enseigner la crainte d’Allah, il faut faire peur tout court, et que ce soit médiatisé à mort.

D’abord, on frappe fort, symbolique, on trucide des blasphémateurs pour la leçon (Charlie Hebdo). Mais comme ça ne fait pas trop peur (les clampins ordinaires ne travaillant pas dans un journal satirique et surtout ne produisant aucun dessin de ce qu’il ne faut pas dessiner, ils ne vont flipper qu’une minute et demie), faisons sauter un petit Hyperkasher de ces demeurés qui pensent que leur religion est la bonne (alors que c’est la notre, puisqu’on vous le dit depuis le début, vous ne voulez pas comprendre).

Evidemment, nous ne nous arrêterons pas là. En quinze jours, tout le monde sera retourné à une vie normale. Le corps a la mémoire de sa propre douleur, pas de celle des autres. Et quand ils seront bien tous endormis devant leurs télés et ordinateurs diaboliques, on les plastiquera à nouveau, mais en plus grand nombre. Pendant leurs loisirs alcoolisés, qu’Allah ne cautionne pas. Pendant le concert d’un groupe blasphématoire qui prône l’amour libre ou Allah sait quelle ignominie du même acabit. On s’est loupé sur le match, que veux-tu, on ne peut pas reprocher à un agent qui va se faire péter la tronche d’être arrivé en retard, c’est abusé. De toute façon, depuis il s’est fait attraper, il n’a qu’à se démerder tout seul.

Ensuite faut aussi s’occuper un peu de ces arrogants qui se croient à l’abri.

La Belgique, en même temps ils parlent la même langue que ces chiens hérétiques de français. Et ensuite ? On va rester sur les capitales, on ne va pas aller plastiquer la supérette de Troufigny-les-Oies. On va commencer par Londres, on y est nombreux, facile. Puis Rome et, voyons grand, Washington. Et Paris, encore. Et les Schleus. Et après, on verra bien s’ils se convertissent. Evidemment, on peut doubler une attaque de capitale par une petite explosion d’une grosse cité de province, ça fera flipper tous ces imbéciles impies.

On a bien pensé trucider quelques hommes d’Etat, mais c’est beaucoup plus compliqué à mettre en place (même si dans certains pays, c’est plus facile, comme pendant des ballades en scooter).

Comme c’est vraiment éprouvant de se mettre dans la peau d’un de ces charmants terroristes, je retrouve ma personnalité avec soulagement. Je ne me verrais pas plastiquer qui que ce soit, quand bien même ce serait mérité, car ce qu’on fait aux autres, on le fait avant tout à soi-même. Néanmoins, je compte sur les forces de l’ordre pour faire le job, car je vois mal comment arrêter autrement que par la force justement, quelqu’un pour qui la vie ne vaut pas plus cher qu’un paquet de cacahouètes.

Donc, mon appli de géolocalisation des lieux à éviter sauf si on veut mourir de façon islamique, fera un tour des capitales à haut potentiel touristique (la probabilité d’un attentat à Helsinki reste tout de même assez faible) en y superposant les flux migratoires puisqu’il faut quand même de la main d’œuvre pour la réalisation. Pour le quand, étudions un peu les dates : entre Charlie Hebdo et le 13 novembre, 11 mois et 9 jours se sont écoulés. Entre le 13 novembre et Bruxelles, 4 mois et 9 jours. Allez, encore un petit dernier, et on pourra sortir une petite règle temporelle et le tour sera joué.

Alors ami lecteur, fais chauffer l’Apple Store, et en attendant, n’oublie pas que la vie est courte et qu’elle a de la valeur ! Respecte-la !

Promis, après cette appli-là, je vais plancher sur une appli (plébiscitée par mes amis) elle aussi d’une grande utilité pratique, qui géolocalisera tes ex dans un périmètre de 2 km, de façon à ne pas te les emplafonner n’importe où, n’importe quand !

Bonne semaine !

La migration des blaireaux et des morues

Mon meilleur ami m’a dit l’autre jour que j’écrivais trop sur des sujets politiques, et qu’à force de m’indigner, j’allais finir par faire au minimum un ulcère.

Afin de ne pas finir dissoute par ma propre bile, j’ai donc décidé de suivre son conseil et de parler aujourd’hui d’un sujet qui ne va énerver personne, puisqu’il s’agit de la nature, et des animaux qui la peuplent. En fait, pour être tout à fait précise, c’est en me promenant que j’ai réalisé à quel point nous étions désormais entourés – que dis-je, envahis – par les blaireaux et les morues.

Bien qu’a priori totalement différents, l’un évoluant sur la terre ferme, l’autre dans les eaux troubles, ces deux êtres vivants présentent cependant de nombreux points communs entre eux.

Mais aussi et surtout, entre eux et le genre humain.

Nous avons donc beaucoup à apprendre en les observant.

Notamment, comment les éviter et surtout, comment éviter de leur ressembler.

Communément, le blaireau est un carnivore aux poils raides, plantigrade, se creusant un terrier profond et ramifié pour y passer l’hiver et se nourrissant des aliments les plus variés.

Devant l’extension des constructions un peu partout et surtout l’explosion du chômage en milieu extra-urbain, le pauvre blaireau n’a pas eu d’autre choix que de migrer vers les villes, afin de trouver de quoi se sustenter.

La morue quant à elle, est un grand poisson de l’Atlantique Nord, faisant l’objet d’une pêche intensive. Mécontente de cette situation peu favorable, elle a décidé d’inverser la tendance et de partir elle-même à la pêche, par ses propres moyens.

Traditionnellement, ces deux catégories animales suivaient un rythme saisonnier à savoir débarquement en masse dans une station balnéaire pauvre mais peuplée en août, avec changement radical des habitudes de consommation au profit de churros et de roteuse.

Jusqu’à présent, il était assez simple de les éviter du fait de l’unité de temps, de lieu de leurs déplacements, et surtout, du fait de ce qu’ils croient être une adaptation de leur tenue à une saison estivale : tongs en plastique, marcel de couleur douteuse, shorts ou minijupes synthétiques criards, casquette-visières sponsorisées par une marque d’apéritif bas de gamme, le repérage était assez aisé.

Et puis, selon un principe tout darwinien, les espèces ont migré.

On les trouve désormais partout, à n’importe quel moment de l’année, et le pire du pire : ils se sont désormais fondus dans la masse. Morues et blaireaux s’habillent désormais chez The Kooples, comme vous et moi, portent une barbe de hipster macroniste et des hauts en dentelle, mangent des tapas dans des endroits branchés. On pourrait raisonnablement se dire : tant mieux, ils ont découvert le bon goût. Que nenni. Adaptation, multiplication, nouvelle branche mutante. Camouflage. Blaireaux et morues sont devenus des espèces intérieures.

Et ça fait très peur.

On ne se méfie pas, et soudain hop ! Nous voilà au mieux, contaminés, au pire, leurs victimes.

Quelques astuces pour te permettre de les repérer, ami lecteur.

Blaireaux et morues disent tout le temps les mêmes trucs : lui : je veux être libre (comprendre : fornications multiples, sans engagement un peu comme dans certains forfaits) ; elle : baisons sans engagement et puis on verra (comprendre : fais-moi un double de tes clés, prépare une étagère et un barbeuc avec tes parents).

Blaireaux et morues, s’ils ont amélioré leur goût vestimentaire et vont désormais aux expos (cri de Munch, tu peux les croiser là-bas), n’ont généralement aucun bouquin chez eux ni aucune piste de réflexion dénombrilisante. En revanche, on trouve du matériel hi-tech : écran ultra fin incurvé chez le blaireau afin de suivre tous les matches, sécheur de vernis ionisant et épilateur laser chez la morue.

A savoir, les biens matériels étant pour eux d’une valeur bien plus estimable qu’une cervelle pleine et bienveillante, tu pourras aussi noter de leur part une attention excessive à leurs véhicules (blaireaux) ou à leurs sacs à mains et chaussures (morues).

Et pire que tout, blaireaux et morues t’aspirent le cerveau en te parlant des heures d’un sujet unique qui les passionne : eux.

Et ça, c’est vraiment rude.

Te voilà donc paré, cher ami lecteur, avec ton papier tue-mouches et ta bombe anti-rampants, et tous ces bons conseils, pour te délester de tous les parasites qui pourraient t’empêcher d’être toi-même (un être exceptionnel et merveilleux) et surtout, qui te voleraient du temps que tu pourrais consacrer aux personnes qui te veulent réellement du bien. Car c’est avec ceux et celles-là que tu feras les meilleurs apéros.

Bon dimanche, ami lecteur, la vie est courte, alors profite et en bonne compagnie !

A la semaine prochaine !

Les Invendus de la Honte

A une heure où même Leonardo Di Caprio préfère parler de la planète en décrépitude plutôt que de se faire mousser pour avoir décroché l’Oscar – ce qui, soit dit en passant, est une autre façon de se faire mousser – il est fort intéressant de voir ce que nous faisons de nos invendus.

Enfin, concernant les invendus de prêt à porter, internet les outlets sont là, non là, je parlais de ces sapes à prix absurdes que tu ne porteras jamais et devant lesquelles tu baves chaque semaine en lisant ton Elle, tout en trouvant que payer une chemise le prix d’un loyer, c’est obscène.

Hé bien, il y a encore plus obscène que des robes à 3100 € (robe Eperon d’Or, Hermès, 2016, imprimé même pas époustouflant) : si, si, c’est possible. C’est ce que devient cette robe si (et c’est probable) personne ne l’achète. Alors elle ne part pas sur Showroom privé ni Vente Privée ou Bazar Chic ; trop vulgaire. Elle n’est pas soldée : car Hermès, comme Vuitton, comme d’autres, ne solde pas. Hermès vend du rêve.

Non, trêve de plaisanterie, la vraie raison, c’est Abercrombie qui la donne : il ne faut pas « laisser penser que n’importe qui, une personne pauvre » peut porter les vêtements de la marque. Donc, ces marques qui te font rêver, en fait, elles ne veulent pas de toi. Alors, comme il est hors de question qu’elles se retrouvent un jour sur ton dos plébéien, elles ne revendent pas leurs stocks, non, non.

Après les avoir en partie refourgués à leurs salariés, elles brûlent ce qui reste.

Oui, oui, oui.

La robe à 3000 : un petit tas de cendres.

Le pardessus en cachemire à 4300 : retourné à la poussière.

La veste (super moche) à broderies amérindiennes à 9000 : pulvérisée par les flammes.

Pendant ce temps, toi, dans ta vie, non seulement, tu n’es pas jugée digne de porter ces créations « haut de gamme » (par le prix surtout), mais tu peux retourner à ta seule utilité, payer tes taxes et acheter tes sapes chez Zara ou H&M, c’est bien à la mesure de ton insignifiance. Et comme tu n’es vraiment rien, tu ne vas certainement pas t’indigner de ce gaspillage honteux quand la crise économique te prive chaque jour d’un peu plus de ton pouvoir d’achat, que certains n’ont même pas de quoi se vêtir correctement, tu ne vas non plus te mettre la rate au court-bouillon parce que la mort lente de la planète incite aux changements de comportements, à recycler, consommer moins, donner une seconde vie aux choses, même aux merdes moches hors de prix.

Non, surtout pas.

Car tout cela est fait bien discrètement, quelque part dans une banlieue obscure.

Alors c’est bien la peine d’aller faire les kékés à la COP21, de faire campagne pour une planète propre, pour les ours polaires, pour la forêt amazonienne, pour la couche d’ozone, pour le partage, le civisme, la générosité, quand sous le manteau, sous la doublure, pour des histoires d’image de marque (c’est vraiment important), derrière des discours en bois du type : « Nous n’avons pas d’invendus. Nos produits sont de qualité et demandés, nous n’avons aucune raison de brader le travail de nos ateliers », on fait radicalement le contraire.

Si t’as pas de face, tu peux toujours postuler dans le luxe : il y aura toujours une place pour toi, visiblement. Tu peux aussi aller voir du côté du Château d’Yquem, qui n’hésite pas à faire disparaître un millésime jugé moins qualitatif.

Quant à moi, je vais retourner à mon anonymat de contribuable, en espérant que mes petits neveux et nièces ne me demandent jamais pourquoi on brûle de beaux vêtements neufs et pourquoi on fait tourner à vide des machines à laver neuves pour qu’elles le soient moins quand tu les achètes : car pour une fois, je ne saurai vraiment pas quoi leur dire. Et je n’oserai certainement plus les engueuler après parce qu’ils trient mal les ordures.

Alors ami lecteur et surtout lectrice, je te propose cette semaine, même si c’est hyper dur, de ne pas mettre d’alerte baisse de prix sur le sac de tes rêves, mais de t’intéresser à Pierre Rabhi, parce que sinon, en tout cas en ce qui me concerne, je ferai un ulcère en ouvrant mon tiroir où trônent 3 carrés Hermès.

Mais heureusement, les brûler n’est plus une option.

La vraie rébellion désormais, c’est de les porter à mon cou de pauvre de la middle class : à force, ils finiront bien par se déprécier, et redevenir ce qu’ils sont : des bouts de tissus.

Car c’est bien tout ce qu’ils méritent.

A la prochaine, ami lecteur, et cette semaine, pense à sauver ta face !

La crétinisation à la française

On a les gouvernements qu’on mérite.

Celui que nous avons élu a un sens des priorités qui défie Newton par delà la mort et le temps. Après nous avoir gentiment installés derrière une clôture à regarder passer les trains, il nous donne de temps en temps un petit wagon pour nous indigner, et surtout, pour qu’on ne regarde pas ailleurs, notamment cette superbe et très juste idée, actuellement à la signature, de taxer les propriétaires sur les loyers fictifs qu’il verseraient s’ils n’étaient pas propriétaires (si tu es pervers, tu peux te reconvertir dans la rédaction de lois) comme si la taxe foncière, impôt ô combien inique, ne suffisait pas.

Détournons donc l’attention de tous les bœufs et vaches françaises des petites magouilles de pouvoir destinées à compenser le maintien de rémunérations diverses et scandaleuses, en crucifiant au passage un symbole de la diversité féminine : Madame la Ministre de l’éducation nationale.

Clairement, on cherche à nous convaincre qu’une telle personne n’est pas capable de remplir sa fonction correctement.

Retournons à nos fourneaux, mesdames, c’est tout de même ce que nous faisons de mieux. Nous pourrons ainsi nous acquitter nous-mêmes d’apprendre à nos enfants l’orthographe et la grammaire, puisque l’Education Nationale a choisi de s’en défausser.

A ce titre, je m’interroge : Madame la Ministre fait-elle suivre à ses propres enfants les programmes scolaires qu’elle préconise ? Officiellement, elle maintient que ses jumeaux sont inscrits dans une école publique. Mais bon, ils ont 7 ans, et pour l’instant ne suivent pas l’enseignement remanié par les réformes de maman… Qui vivra, verra, même s’il est probable que lorsque ces gosses auront l’âge d’aller au collège et d’étudier une sélection du Reader’s Digest de l’histoire de France, on s’en battra l’oignon (l’ognon, pardon) qu’ils soient ou non dans le public.

Ce qui, en revanche, m’inquiète davantage, c’est l’utilisation de mes impôts pour financer la production d’une réforme aussi stupide et inutile que celle de l’orthographe. En effet et de toute façon, les enfants ne savent plus lire ni écrire, alors ce ne sont pas quelques accents circonflexes en plus ou en moins qui vont en faire des Baudelaire.

Et puis concrètement, pourquoi changer une des langues les plus riches et les plus belles du monde ? Sinon pour qu’on ne parle pas d’autre chose ?

Alors, mettre le service marketing de Citroën dans l’embarras, ça vaut peut-être le coup : une nation de sombre abrutis qui regardent les Anges de la Télé-Réalité, c’est facile à budgétiser : une hausse de la redevance télé, un mac do livré à domicile, et ils voteront en meuglant pour qui on leur dira.

Ce qui est déplorable en définitive, c’est qu’une femme issue de la diversité et mère par surcroît de deux enfants, ait pris la responsabilité de mesures aussi débiles, et alimente par ricochet, les pratiques discriminatoires de l’Opéra de Paris, qui préconise « qu’on ne met pas une personne de couleur dans un corps de ballet parce que c’est une distraction », et prive la France, par la même occasion, du beau gosse Benjamin Millepied et de sa femme super bonne.

Comme quoi, l’exception française est bien une réalité : celle d’une bêtise traditionnelle, désormais enseignée à l’école publique. Et qui occupe ses fonctionnaires en les faisant plancher sur des réformes déclinables à l’envi : bientôt une réforme pour supprimer ces trémas casse-bonbon, qu’on ne sait jamais bien positionner, et aussi les deux « L » d’imbécillité : comme ça, elle arrêtera de voler et restera bien chez nous au Ministère.

Mais heureusement, ami lecteur, cette semaine, la palme de l’ineptie revient aux Italiens, où une femme de 40 ans risque 6 ans de prison pour avoir fait la grève du plumeau et du rouleau à pâtisserie. Nous voilà rassurés : nous ne sommes pas (encore) les plus débiles. Parole de nénufar.

A la semaine prochaine !

Débranche !

Parce que j’aime vivre dangereusement, je suis partie passer des vacances à Paris en pleine période de soldes : les pintades bobos en quête de la bonne bottine à la bonne pointure font bien plus peur que Daesh, croyez-moi.

Je suis venue à Paris en train.

J’ai ensuite pris le métro.

Surtout la ligne 1, qui a ça d’intéressant que tu peux regarder les gens d’un bout à l’autre de la rame. Et là j’ai été frappée par une évidence : 1 personne sur 2 est scotchée sur son portable. (Parfois c’est moi, c’est dire). Un truc de dingue : soit ils pianotent comme si leur vie en dépendait, soit ils ont un casque vissé sur les oreilles et ils ferment les yeux.

Bref, ils sont ouverts sur le monde.

JE suis ouverte sur le monde, en consultant dix fois par jour le nombre de likes de ma dernière photos instagram partagée sur Facebook. Pire : comme tout le monde, je prends tout le temps la même photo, un selfie de groupe avec mes amis ou une photo des verres qu’on vient de se servir, d’une importance artistique ô combien supérieure aux passionnantes photos du plat qu’on va manger que j’exècre. Bon, c’est un peu Apple qui se fout de Microsoft (…je crois que je vais plancher sur une autre comparaison…)

Suis-je prête à lâcher mon portable deux secondes (minutes, heures) ?

Que vais-je louper si je le fais ?

Techniquement, euh rien. En 1998, je n’avais même pas de portable, on se donnait rendez-vous via un téléphone fixe de la taille d’une boîte à chaussures, et on avait intérêt à être à l’heure, sinon un des deux poireautait comme un crevard. Dans les transports en communs, on lisait des livres ou des magazines.

Désormais, je fais défiler (sauf exception) des photos aussi formidables d’originalité que les miennes, et culturellement, je ne prends aucun point.

Si un mec pas mal s’est assis à côté de moi, je ne l’ai pas remarqué, occupée que j’étais à liker pour que des amis et des inconnus me likent en retour. Je pose même mon téléphone sur le bureau de ma banquière, juste à côté de sa tablette à elle. Au restaurant, le serveur prend la commande sur un Ipad, lui aussi.

Et si d’aventure je n’ai pas de réseau, j’ai l’impression que ma vie est en suspens.

Cependant, ma vacuité profite quand même à quelqu’un : à chaque seconde, Facebook rapporte à son créateur entre 300 et 400 €, soit près d’un milliard par trimestre, grâce à ses 1,39 milliards d’utilisateurs dont 890 millions sont actifs quotidiennement, quand on sait qu’en France on n’est « que » 66 millions, ça fait peur.

Heureusement, en 2015, 12 personnes sont décédées en prenant un selfie, contre 8 dans une attaque de requin (et oui, il y en a qui font des enquêtes de malades) : selfie pris en moto en roulant (et paf le chien), chutes de ponts, carbonisation sur le toit d’un train, et, le meilleur, fracassage de crâne contre la cuvette des toilettes pour avoir tenté de prendre un selfie accroché à la porte déguisé en Bob l’Eponge (un esprit aussi créatif, quelle perte majeure pour l’humanité), bref, 12 demeurés de moins (paix à leurs âmes) pour nous rappeler que seuls avec nos petites boîtes virtuelles, nous devenons épais comme des briques, cons comme des poules qui ont trouvé un clou.

Alors, comme j’en ai assez de cliquer et surtout, de louper les beaux gosses dans les transports en commun, je m’en vais passer des vacances à Green Bank, petite ville des Etats-Unis (West Virginia), où les objets connectés sont illégaux, pour me mettre au vert de mon IPhone et de ses mises à jours hebdomadaires. Je pourrai alors remercier le télescope du monde de me permettre de vivre une parenthèse sans wi-fi, sans portable ni four à micro-ondes, pas même de portail télécommandé. Et je pourrai aller voir les gens chez eux pour leur demander comment ils vont en les regardant droit dans les yeux. Parce qu’une chose est sûre : l’apéro sur Facebook, c’est aussi sordide qu’un Bolino au dîner.

A ton tour, ami lecteur, relève le défi, libère-toi et mets-toi en mode nuit même le jour, sors de chez toi et pars trinquer quelque part avec des amis : ça te rendra plus heureux que de cliquer avec personne. Et surtout, jette ta perche à selfie. Tu auras l’air plus intelligent. Et ça, c’est déjà quelque chose.

A la semaine prochaine !