Panama Toilet Papers

Alors que j’aimerais tellement parler de chiffons et d’astrologie, de quel rosé je vais boire cet été ou du dernier bouquin d’Aymeric Caron et me demander ensuite comment ne pas faire de discrimination à l’égard des hamsters, voilà qu’une fois encore, surgit un barouf financier qui balaie toute les futilités sur son passage : les petits papiers du Panama. Hier encore, on ne savait même pas le situer sur une carte, et aujourd’hui, c’est tout juste si je n’ai pas un tee-shirt « I LOVE PANAMA » et un chapeau du même nom sur la tête.

Ainsi – scandale ! – un nombre certain de personnes riches (assez pour remplir plusieurs stades) a dépouillé le fisc de leur pays respectif via 214 000 sociétés offshore.

Face au climat de morosité économique, et surtout, à l’augmentation continue des taxes qui pèsent sur les classes moyennes (Bibi), ces fichiers donneraient presque envie d’adhérer au PCF et de prier Saint Georges Marchais qu’il vienne botter un peu les fesses à ces nantis, qui n’ont semble-t-il, jamais assez d’argent pendant que le lumpenproletariat se meurt en regardant les Anges de la Téléréalité (penser à creuser le rapport de cause à effet).

Sans déconner.

Un petit sondage bien placé dans le Parisien nous envoie ces chiffres édifiants :

  • 83% des sondés pensent que la fraude fiscale constitue un problème grave (grave comment ? comme dans une chanson de Maître Gims genre « t’es grave bonne » ou « j’suis grave vénère » ?)
  • 19% des sondés se disent prêts à pratiquer l’évasion fiscale à condition d’avoir beaucoup d’argent.

Donc : un tiers des Français pensent que, plus t’as d’argent, moins la fraude fiscale est grave.

Un autre sondage Tilder/LCI affirme que 64% des personnes interrogées n’en ont clairement rien à secouer des Panama Papers (dont certains Papers remontent à 1970, au bout de combien de temps on est tranquille, bordel !?).

Donc clairement, tout est affaire de perspective et surtout, de compte bancaire.

Sérieux, ami lecteur, si le tien était bien garni (je sais c’est dur, mais imagine quand même), et que, tu avais, que sais-je, un courtier qui te fasse tes placements, et qu’il te place des ronds au Panama, Guatemala, Botswana, les Caïmans ou les Bermudes, et qu’il te dit, une société offshore, c’est légal et ça défiscalise sans danger, tu fais quoi ?

Tu paies l’Etat ?

Tu le paies pour qu’il te ponde de jolies lois fort utiles, comme la loi El Khomri ? Ou encore plus drôle, des mesures contre la transparence fiscale, comme il y a quelques mois ? Sérieux ?

Nous voilà face à l’une des grandes contradictions de l’être humain : selon où tu as les pieds, ça ne sent pas pareil.

Et le pire, c’est que tous les points de vue se défendent, en cela que ce ne sont que des points de vue.

En fait, le seul vrai scandale ici, c’est de s’être fait gauler.

Les Américains l’ont bien compris : ils ne sont que 211 sur les papers à être domiciliés aux Etats-Unis, et on n’est même pas sûr qu’il s’agisse vraiment d’américains. Et d’ailleurs, pourquoi défiscaliser, quand on a le Delaware, le Wyoming ou le Nevada, où tu peux faire ton offshore « in-shore ». Quant à savoir si un américain ou assimilé est à l’origine ou a contribué à la fuite, ça, on ne sait pas, hein.

Alors ce qui est sûr, là tout de suite, c’est que je fais partie de ceux qui paient des impôts pour compenser tous ceux qui n’en paient pas.

Mais quand je lis Alexis Poulin (Directeur d’EurActiv France) et Marc Chesney (Professeur et Directeur de l’Institut Banque et Finance de l’Université de Zurich), qui proposent de remplacer la TVA et l’impôt sur le revenu par une simple taxe de 0,5% sur tous les paiements électroniques et que cela suffirait apparemment amplement, j’ai de quoi me mettre la rate au court-bouillon.

Et je me dis qu’on pourrait aller encore plus loin : si on poussait la transparence jusqu’aux salaires et montants d’imposition d’une façon généralisée, il y a fort à parier qu’abuser deviendrait largement plus compliqué.

Mais comme je rêve, car le changement ce n’est pas pour demain (ni après-demain, à part peut-être en ce qui concerne les Guignols de l’Info, c’était hier et depuis c’est nettement moins bien), je vais redescendre sur terre et laisser mes mains sécher à l’air libre en sortant des toilettes, car les super sèche-mains à air pulsés tellement rigolos de chez Dyson, projetteraient en fait 190 fois plus de virus que la serviette en papier. On en revient donc toujours au papier, et la boucle est bouclée.

Alors lave-toi bien les mains à l’eau chaude et au savon pendant au moins 20 secondes, ami lecteur, et ne regrette juste qu’une seule chose : qu’il ne soit pas aussi simple de se débarrasser d’une bactérie que de l’avidité humaine.

Bonne semaine !

 

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