Je ne peux pas, j’ai piscine…

La canicule aux assonances inspirantes (y a de la rime dans l’air…) nous est tombée dessus comme la misère sur les gueux à la fin du mois d’août, nous obligeant, ami lecteur, à boire de l’eau à l’apéro entre deux verres de rosé pour éviter une déshydratation foudroyante (une hérésie), mais aussi à trouver des solutions pour ne pas mourir frappés par une combustion spontanée.

Les opportunités de divers rangements m’ayant fait remettre la main sur d’anciens tickets d’accès à une piscine olympique de plein air, me voilà partie avec palmes et planche joindre l’utile à l’agréable, avec la naïveté de l’agneau à qui on aurait dit que l’abattoir est une station alpine aux pâturages verdoyants.

Arrivée au bord du bassin, je croise des personnes de sexe féminin, en maillots à paillettes, maquillées et coiffées comme pour aller en boîte de nuit : brushing, rouge à lèvres Rouge Allure de Chanel teinte n°98 Coromandel, même le vendredi soir je ne suis pas aussi apprêtée. Et là je me dis, ai-je loupé une étape importante de l’évolution sociale où la piscine serait devenue la nouvelle église où s’endimancher ?

Et puis, comment fais-tu pour nager, car pour obtenir un résultat pareil, tu as bien dû sacrifier deux bonnes heures de ta journée, entre la coiffure et la pose du vernis, tu ne vas quand même pas aller détruire cette œuvre d’art de toi-même bêtement en te mettant à l’eau, si ?

Deux écoles.

Il y a celles qui ne mettent pas l’ombre d’un doigt de pied dans la piscine. C’est un concept. On est juste dans un changement de décor d’un nouvel épisode de leur trépidante vie. Cependant, quand bien même serions-nous dans la recherche d’une alternative à la plage (trop vulgaire), le questionnement du maquillage demeure (pourquoi faire ???)

Ensuite il y a celles qui nagent quand même. Mais pas comme moi. Explications.

Tout d’abord, il y a le choix du maillot, avec le minimum de tissu possible. Une fois dans l’eau sans qu’aucun cheveu ait été en contact de près ou de loin avec l’eau javellisée du bassin, le haut du maillot saute afin d’éviter de disgracieux décalages de bronzage (tu oublies donc les maillots de piscine, qui continuent de pendouiller, inutiles et en dépression, dans les rayons du Décathlon le plus proche).

Bon, c’est le moment où je ne me moque pas trop, puisqu’il m’est arrivé par le passé d’enlever le haut pour pouvoir continuer à porter ce joli bustier acheté en solde chez Bash. Cependant, et note-le bien ami lecteur, je n’ai jamais poussé jusqu’à investir dans un maillot-string, faudrait quand même pas déconner.

Oh et puis zut. Je peux bien rire un peu de moi-même, et de mon air con avec mon haut de maillot accroché à ma planche (du coup je ne le fais plus, pas la peine de venir faire le curieux et mater seul ou à plusieurs, ami lecteur).

Mais ceci n’est en fait que le début.

Les nageuses en question ont donc investi dans le waterproof, histoire d’être optimales dans le bassin, et nagent en lunettes Chanel, Armani Eyewear, Ray-Bans et j’en passe, que je n’oserais pour ma part jamais mettre dans ce contexte-là puisqu’il est statistiquement impossible de ne pas croiser dans ta ligne un homme de l’Atlantide qui te balance la moitié de l’eau de la piscine dans la tronche, javellisant ainsi ton waterproof et ton accessoire de marque.

Concentrons-nous à présent sur cet autre régulier de l’endroit : l’homme de l’Atlantide.

Celui-là non plus ne vient pas que pour nager.

D’abord, il rentre dans une tranche d’âge bien au-dessus de la tienne et des nageuses maquillées. Il pourrait presque être ton père, à vrai dire. Notons juste qu’il y voit bien de loin (c’est un détail important).

De fait, il fait peu de longueurs, car à son âge, ça le fatigue, les 50 m olympiques. Le rythme, c’est plutôt : une longueur – une grosse pause – une longueur – une grosse pause.

Et, pendant tout ce temps, il reluque.

Il nage équipé, avec un masque et un tuba, pratique pour le crawl, et surtout, pour observer l’évolution des seins nus dans l’eau. Quand il s’arrête entre deux barbotages, il enlève le masque et rattache les belles images aquatiques aux têtes des pinups à solaires au double C. S’il se sent en grande forme, il arrive qu’il tente une petite approche auprès de toute personne du sexe opposé faisant mine de faire également une pause à proximité.

Car nous touchons donc là le vrai cœur du problème : les gens n’étaient pas là pour nager, mais pour rencontrer d’autres gens.

A la piscine.

Où la boisson la plus excitante de la buvette est le Sprite saveur Mojito (pas facile facile, l’amorce drague : « Salut, je t’offre un Sprite ? »)

Où, comme quand tu pratiques n’importe quel sport, au bout d’un moment tu ne ressembles à rien (sauf si tu fais partie de la catégorie 1 des non-nageuses).

Pas grave : elle est là ton alternative à Tinder.

Tu prends une connaissance bien plus précise du dossier qu’avec n’importe quelle photo de profil, retouchée, filtrée, datant de 15 ans, où peut-être ce n’est même pas toi : tu le vois en maillot. La vérité se trouve au bord de la pistoche.

Alors je suis sortie de l’eau, ami lecteur, en me disant qu’une fois de plus j’étais à côté de la plaque, à vouloir faire du sport dans un endroit prévu pour.

Que je ne devais pas encore être au bout du rouleau en ne recyclant pas chaque activité effectuée en dehors de chez moi en terrain de rencontres.

Et j’ai alors croisé cette femme qui m’a fait reprendre espoir en la normalité des situations : elle est entrée dans l’eau, avec sa planche et ses palmes, dans un maillot Arena une pièce spécial nageuse, avec un bonnet hideux, les affreuses mini-lunettes de piscine, le visage tartiné d’un écran total de compète lui faisant la face toute blanche et brillante.

Tout n’est donc pas perdu, ami lecteur, alors bonne rentrée et à la semaine prochaine !

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