Le charme pas du tout évident du voisinage de proximité

Pierre Desproges, l’idole de tous les gens fins, a dit un jour : « Le voisin est un animal nuisible assez proche de l’homme. »

Si on croise cette donnée avec la loi des séries, qui vient toujours vous empoisonner la vie à un moment inopportun, la situation d’un individu lambda peut rapidement devenir un enfer et lui donner des envies pas catholiques du tout de faire subir audit voisin tout un arsenal de tortures dont on n’a plus entendu parler depuis le XVe siècle.

En effet, privé du sommeil réparateur, l’être humain le plus doux se transforme en bête sauvage, prêt à déchiqueter ledit fauteur de troubles et à le consommer sous forme de tartare, alors que ça fait deux ans qu’il ne mange plus que du quinoa pour respecter la planète et ses habitants.

Mais qui est donc cet animal si dommageable au quotidien ? En voici quelques spécimens des plus redoutables. Le sexe est précisé à titre indicatif, l’individu pouvant parfaitement faire partie de l’autre sexe, le bruit ne souffrant aucune exclusivité.

Le voisin fêtard : souvent très jeune, avec un look bien dans sa peau (piercings divers, coupe de cheveux travaillée à grands renforts de pots de gel ultrafixant) il s’agit de sa première expérience de vie en copropriété. Il ne comprend pas du tout quand tu lui demandes de couper la musique car il n’est que minuit et demie. Il t’impose donc, ami lecteur, ses goûts musicaux souvent misérables (Maître Gims, maquinha…) à toute heure du jour et surtout de la nuit, qui souvent se confondent dans son cerveau de piaf (il te fait profiter de ses conversations téléphoniques toujours passionnantes à une heure du matin quand il rentre, et pousse des cris d’enthousiasme à 125 décibels à chaque prise de marijuana). Tu sais tout de sa vie, quand il arrive, quand il part, avec qui et pourquoi il s’est engueulé, car il s’exprime à l’aide de hurlements, et tu révises à 3h du matin grâce à lui le lexique des gros mots de base qu’il pousse à plein volume même s’il a coupé la musique.

La copine du voisin fêtard : elle sonne chez toi à 1h30 du matin parce qu’elle n’a pas le bip du parking, que ledit voisin n’est pas là et du coup elle est coincée, peux-tu lui ouvrir s’il te plaît, sachant qu’elle a le doigt collé sur ta sonnette depuis vingt minutes (après avoir sonné à tout l’étage) ? Elle apprécierait, d’autant qu’elle ne fait aucune différence entre la nuit et le jour, son maquillage gardant la même intensité à toute heure.

La toxico qui deale : toujours prête à te rendre service, elle est obséquieuse au quotidien, mais laisse quand même son vélo dans le couloir, qu’elle enfume ainsi que l’ascenseur à chacun de ses très nombreux déplacements dans l’immeuble. Ses fréquentations (clients ? fournisseurs ?) font d’incessants allers-retours la nuit, activant l’ascenseur 25 fois en une demi-heure, lequel circule parfois juste pour qu’un sac à dos prenne l’air. Souvent, ses fréquentations s’énervent, et peuvent : sonner à toutes les sonnettes de l’étage à 3h30 du matin pendant dix minutes sans discontinuer, hurler son prénom à 4h du matin dans la rue alors que son appart donne de l’autre côté, vandaliser la voiture du malheureux qui s’est garé sur sa place de parking à coup de battes de baseball, mais aussi, détruire sa boîte aux lettres, le portail de la résidence, etc., bref elles rendent la vie nocturne de ta résidence particulièrement riche en pollutions sonores diverses. Quant à elle, sous l’emprise d’une substance quelconque, elle est tout à fait capable de mettre Johnny Halliday à minuit à fond les watts, comme si elle était dans ce bar magique de fin de soirée à Perpignan, l’Ascot, mais sans y être (ça doit être ça, la magie du trip). Parfois, la B.A.C. l’embarque, depuis qu’elle s’est fait courser pour délit de fuite dans une cavale d’une heure et demie qui lui a coûté son permis.

L’hystérique : hyper enthousiaste dans sa gentillesse, il replonge dans la drogue à cause de la tox et devient son client numéro 1. Il te raconte sa vie intime dans le détail quand il te croise dans le couloir, te voilà donc au courant de toute sa vie vénérienne. Il t’explique pourquoi il met de l’électro à fond à 3h du matin : c’est juste pour couvrir ses ébats, car il baise bruyant, comme ça, ça dérange moins, n’est-ce pas. Il finit par repartir chez sa mère, pour se désintoxiquer, après t’avoir appelé sur ton lieu de travail et hurlé dessus parce que, à bout de nerfs, tu as fini par appeler sa propriétaire. Fan de Valérie Damidot, il aime bien également bouger les meubles la nuit, ça résonne mieux.

Le violent : sous-locataire de l’hystérique, chaudement recommandé par la tox, il débarque en couple dans l’appartement avec sa copine. Lui aussi pense que 3h du matin est une bonne heure, c’est celle qu’il choisit pour latter sa copine, jeter des objets et mettre des coups de poings dans les cloisons, parfois même les 3 en même temps et avec force cris. Comme il n’a pas de bail, à partir du moment où il est démasqué, il disparaît assez vite.

Le musicien amateur : le plus flippant, surtout s’il fait de la batterie ou s’il débute le violon. Il est généralement très inspiré le dimanche matin à l’aube. Mais il aime bien aussi les fins de soirées, quand il reçoit, car il est heureux de partager son « art » avec ses invités dont les tympans sont eux, tout comme les tiens ami lecteur, au bout du rouleau, de sorte qu’il est tout à fait impensable de lui dire qu’il joue comme un pied.

L’alcoolique : l’avantage sur les autres, c’est que parfois il dort. Mais quand il ne dort pas, il chante fort et faux, vomit et se soulage où ça lui prend (sur n’importe quel palier de proximité), éructe des insultes contre des ennemis imaginaires ou morts (« Vous ne m’aurez pas sales Nazis ! »), se cogne contre les meubles ou chute, sans aucune distinction entre le jour et la nuit.

La jeune qui fait une teuf quand son père est absent : électro et troupeau d’éléphants qui court à un niveau sonore tel que tes murs en vibrent bien qu’elle soit deux étages au-dessus de toi. Tu dois attendre la pause entre deux morceaux pour qu’elle puisse entendre la sonnette. Plutôt polie et respectant l’autorité parentale absente, elle obtempère assez docilement à ta sommation. Et comme son père est souvent là, tu ne la subis que rarement, lors des voyages d’affaire.

Alors bien sûr ami lecteur, il existe pléthore d’autres voisins toxiques, on pourrait en faire quinze chapitres sur les personnes dépourvues de respect pour autrui. Néanmoins, tu peux toujours mettre ta bienveillance dans la gueule de ton voisin, et mieux, la renforcer avec la bienveillance des autres voisins, car tu n’es jamais seul dans ce genre d’histoire. Et en attendant que ton ou ta voisin(e) se fatigue des mesures prises par le syndic de copro, des visites de la PM ou des aspirateurs passés pendant qu’il ou elle dort, il te reste les bouchons de piscine : et là, le Monde du Silence du Commandant Cousteau s’ouvre à toi (dans la mesure où ton voisin ne se prend pas pour le dj du Pacha à Ibiza bien sûr). Ça ne t’immunise certes pas contre la connerie et l’irrespect, mais ça te permet de l’oublier quelques heures.

Et ça, c’est toujours ça de pris !

En attendant, ami lecteur, souviens-toi que, si l’adage « ce que tu fais aux autres, un jour t’arrivera » est vrai, fais bien attention à ne pas te mettre dedans !

A la semaine prochaine !

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