Je poste un statut donc je suis

Cher ami lecteur, certes, je ne trouve pas que Joey Starr soit une référence – d’ailleurs il a flingué Nouvelle Star, cette émission que j’aimais bien – cependant il lui arrive aussi d’avoir ses moments. En l’occurrence, le 12 septembre dernier, il a posté sur Facebook le message suivant : « Quand je vois tous ces gens sympas et intelligents sur Insta je me demande d’où viennent tous ces cons dans la vraie vie. »

Mais de quoi parle-t-il, je ne comprends pas.

Non, vraiment.

Je regarde mes photos, ami lecteur, et j’envie ma propre vie sur insta et facebook. Car me voilà en apéros de ouf, dans des bars à la déco sympa, avec des amis au bon style, ou alors à des vernissages, où je mets en ligne les œuvres qui me plaisent le plus. Chaque photo donne l’impression que tu es, ami lecteur, passé à côté de la super soirée la plus cool de la planète.

Et pourtant, il n’avait rien de transcendant, cet apéro, dans la vraie vie. Mais ce n’est pas grave : la photo est magnifique : 217 likes.

La vérité, elle est là : il n’y a pas de photo prise pendant les vraies soirées de ouf  (à part peut-être au début, si la déco est époustouflante) : quand tu t’amuses vraiment, tu ne prends pas de selfie, tu participes à la soirée ; tu es partie prenante.

Et là, on n’est qu’au premier niveau, celui ou tu mets en scène ta life.

Le stade deux c’est celui où tu mets en scène la fabuleuse personne que tu veux que tes followers pensent que tu es.

Te voilà donc en train de partager des articles montrant à quel point tu te soucies de l’environnement, des animaux, des enfants battus, de la misère, des chatons, des poussins, tu veux accueillir des migrants, ta pensée est profonde et de gauche, tu cites Desproges, ou Paolo Coelho, tu critiques Hanouna, Ruquier, Maître Gims et Christophe Maé, et le plus dingue dans tout ça, c’est que tu es entourée de personnes au moins aussi fascinantes que toi, qui partagent, retwittent ces merveilleux statuts qui font que nous sommes à deux doigts de soumettre la candidature d’un certain nombre de nos amis virtuels au prix Nobel de la paix, ce qui, au vu du dernier lauréat, n’aurait plus l’air d’une blague idiote désormais, j’ai même entendu dire que Francis Lalanne était dans les starting-blocks pour la prochaine session.

Puis tu éteins ton ordi, ta tablette et ton smartphone, ou tout du moins, tu les ranges.

Et tu te rends compte que les comportements des vrais gens ne correspondent pas du tout avec les statuts partagés des réseaux sociaux. Je ne parle pas de tes amis que tu connais depuis toujours, mais plutôt à tous ceux qui t’ont demandé en ami juste pour avoir un maximum d’amis, pour qui tu es juste un +1, comme si ton profil participait à un vaste concours où gagne celui qui a le plus d’amis qui le likent.

Bon, comme tout le monde, j’aime bien les likes, alors j’ai accepté, comme tu as pu le faire, les commerçants, les bars à vin, à eaux, à bière, à salades, à frites, à tapas, les magasins de bidules et de trucs parce qu’on avait 72 amis en commun qui eux aussi, les ont acceptés avant moi. La question, c’est : est-il nécessaire de bien se comporter dans la vie si notre avatar le fait ? En gros, peut-on violer quelqu’un IRL (In Real Life) et signer la pétition « Eradiquons les violeurs » sur Change.org ?

En gros, suis-je ce que je poste ?

Il semblerait que désormais, on peut s’en foutre d’être des sales types dans la vie, du moment qu’on remplit son mur de  de phrases cools, et de jolies photos.

Parce que dans la vie, ton voisin met la musique à fond à n’importe quelle heure (et il ne s’agit jamais de l’Adagio pour cordes de Barber, évidemment) et la dame du marché te prévient que, si tout va mal, c’est à cause de « ces gens-là » (Merci Monsieur Brel de renommer toutes les plaies humaines responsables de tous nos maux, on peut y rentrer une bonne moitié de la planète dans cette expression) même si mes préférés toutes catégories restent quand même les haters sous pseudo d’Internet, champions de bassesse humaine non assumée, pompes à merde absolues et définitives.

Alors quelles sont les possibilités qui s’offrent à toi, ami lecteur ?

Tu peux : rester dans le virtuel, avec les Bisounours et les Pokémons et risquer de te perdre dans le triangle des Bermudes de l’abêtissement, ce qui n’est pas fou-fou comme perspective ; quitter le virtuel, et affronter les abrutis, ce qui, en plus de n’être pas fou-fou non plus est en plus d’une pénibilité rare ; comme alternative éco-durable, puisqu’aucune solution n’est génialissime, je te propose l’adéquation profil virtuel / profil réel.

Tu seras alors peut-être moins populaire, tu auras peut-être moins de likes et de followers, mais au moins, toi, quand les gens te croiseront, ils n’auront aucune surprise. Tu ne les auras pas truandés sur le produit. Et tu leur donneras peut-être envie d’être moins devant leurs divers écrans. Cependant, méfie-toi tout de même d’une chose : il se pourrait bien que parmi tes amis inconnus, un jour ou l’autre il y en aura un, deux, ou dix, qui te feront rigoler.

Même une fois.

Et ça, ami lecteur, ça n’a pas de prix.

A la semaine prochaine, I am back on tracks !

Une réflexion sur “Je poste un statut donc je suis

  1. Très bon, cet article, du temps de ma jeunesse, mon pote du moment était spécialiste de :  » je coupe le compteur électrique » du voisin. J’adorais admirer les blessures du ptit matin, parce qu’enclencher ton compteur EDF, au sous sol, si tu as dépassé la limite, c’est koh lanta,

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