La dictature du rire procédurier

Pour reprendre cette grande pensée de Charlie Chaplin, une journée où je n’ai pas ri est une journée perdue.

Hier donc, n’a pas été une journée perdue, puisque je suis tombée sur la publicité suivante :

« Vous êtes grosses, vous êtes moches… Payez 19,90 euros et soyez seulement moches ! » pour les salles de sport low cost « Vita Liberté ». Non, c’est vrai, objectivement, c’est très drôle. J’ai bien ri. Sauf que, au vu du déferlement de réactions négatives, j’ai découvert que j’étais « sexiste », « à vomir » et « grossophobe », rien que ça. Moi qui me trouvais plutôt très cool, étais-je dans l’erreur ? Etais-je devenue toute noire à l’intérieur ?

J’ai donc fait le point avec moi-même.

Sexiste. Hum. Effectivement, il y a une greluche (et pas si moche que ça, d’ailleurs) sur la publicité. Mais on pourrait faire la même pour les hommes, sauf qu’elle n’aurait pas du tout le même impact : l’homme soit s’en fout d’être bedonnant, soit ne se sent pas concerné (il est beau, il n’a pas attendu cette pub de merde pour faire du sport). Alors que nous, gonzesses, sommes totalement obsédées par notre graillou, et ensuite, quand quelqu’un se moque, on le prend mal : la méchante pub nous a traitées de grosses et de moches, pourquoi stigmatiser le physique, alors que je galère pour perdre ces 3 kilos que j’ai pris à Noël, misère de misère, et la beauté intérieure du Nutella, on en parle ?

À vomir, euh, tout dépend quand tu me regardes. S’il est 4 heures du mat en sortie d’un bar de nuit et que tu viens de boire environ 8 mojitos, c’est possible qu’en me regardant, tu vomisses.

Grossophobe. Ce n’est pas moi qui suis grossophobe, mais Photoshop, qui me met sous le nez des femmes élastiques aux jambes en chewing-gum tellement elles s’étirent à l’infini sans le moindre petit capiton. Et puis, soulagement, j’aurais pu aussi être mochophobe, et là, nous parlerions d’une discrimination à l’échelle universelle, sans aucun critère de race, de sexe ni de religion. Sauf que moi, on ne m’accuse que d’être grossophobe, on me reproche d’être ce petit esprit étriqué qui stigmatise l’immobilisme, la télé, le canapé et le paquet de chips, simplement parce que j’ai ri à une publicité, dont je pourrais tout aussi bien être la grosse, la moche, ou les deux.

Alors moi, qui suis résolument anti-nostalgique, je me prends à regretter l’esprit canal et les Nuls, quand tu pouvais regarder une fausse pub « Max-pet qualité filtre tout le bon goût du tarpé » sans que le CSA te tombe dessus pour incitation à consommer de la drogue, où Coluche traitait Michel Debré de « handicapé mental » sans se prendre un procès dans la tronche, bref où tout le monde comprenait le sens de l’expression « c’est pour rire ».

Mais comme on ne peut pas revenir en arrière, puisque désormais, je suis sexiste et grossophobe, je m’en vais boire un coup dans ce fabuleux petit bar australien de Sydney, où les plateaux sont des femmes dévêtues allongées sur les tables, sur lesquelles sont disposés les fruits de la fondue au chocolat. Et à celles qui seront trop grosses, je donnerai le téléphone de la salle low cost.  Et au passage, je leur montrerai toutes ces personnes qui ne savent plus rire, mais agresser les autres avec leurs aigreurs et leurs complexes. Car ce sont elles, les seules vraies moches.

Cher lecteur du dimanche soir, je te salue en te rappelant cette parole du regretté Pierre Desproges :  « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ».

Et si tu passes par Sydney, va voir ce bar sympathique, dont tu apprécieras, j’en suis sûre, le raffinement :

http://www.huffingtonpost.fr/2015/08/27/sexisme-bar-australien-polemique-femmes-nues-plateaux-reseaux-sociaux_n_8047486.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

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