Bloody marathon (âmes sensibles s’abstenir)

Ma mère me reproche souvent d’être un calamar de la mobilisation,  affirmant que ma génération et les suivantes devraient se secouer pour changer les choses, et surtout qu’avant on se bougeait plus la couenne (Mai 68).

Certes, il y a bien eu le 11 janvier 2015 qui nous a fait mettre le réveil un dimanche matin alors qu’on était tous ensemble à l’apéro la veille. Mais pour être tout à fait honnête, ma manif précédente remonte au 4 décembre 1986, où, fière élève de quatrième, j’étais infiniment heureuse de sécher mon cours d’EMT (Education Manuelle et Technique, souvenez-vous amis quadras) pour manifester contre la loi Devaquet à laquelle je n’avais bien entendu rien compris.

C’est vrai : se mobiliser, ouvrir bien grand sa bouche pour faire bouger les mentalités, prendre des risques, c’est important. Cependant, un événement dont j’ai pris connaissance hier me pose question : quelles sont les limites de la prise de position ?

Petit résumé des faits : au cours du dernier marathon de Londres, la batteuse de M.I.A., Kiran Gandhi (un nom qui ne s’invente pas) a décidé, accroche-toi, de faire, en pleine période de règles, cette course de, je le rappelle, 42,195 kms, sans tampon périodique.

Je t’avais prévenu, ami lecteur, que ça allait être insoutenable.

Car, bien entendu, l’article était accompagné de photos (faites passer les sacs à vomito).

On y voyait la musicienne en collants de course rouges, avec deux espèces de volumineuses tâches maronnasses entre les cuisses, l’air réjoui quant à ce qui aurait été pour nous, mesdames, notre pire cauchemar, et je ne suis pas persuadée que la gent masculine ici présente cautionne cette expression anatomique hygiéniquement douteuse.

Le mobile de cette action soi-disant militante était, dixit la madame, pour « toutes mes soeurs qui n’ont pas accès aux tampons et pour toutes mes soeurs qui, en dépit des douleurs menstruelles, les cachent et font comme si ça n’existait pas », et aussi pour surmonter la honte provoquée par les périodes de règles, bref, une prise de position anti-sexiste comme on n’en voit plus (heureusement).

Nous voilà face à des possibilités infinies d’actions de lutte sociale d’un type nouveau : cessons par exemple  de nous torcher les fesses après une diarrhée, car certains vivent dans des conditions d’hygiène déplorable. Gardons le tee-shirt couvert de vomi après une cuite pour en découdre avec l’alcoolisme. Laissons s’exprimer le civisme, mais si possible sans le passer à la machine, c’est plus écolo.

Toutefois, il semble que cette belle idéologie ne soit pas seule à l’origine de cet acte militant 2.0 : en effet, la musicienne avoue avoir eu peur que le tampon ne la gêne pendant sa course. Mais comme toute pub est bonne à prendre, elle conclut : « S’il existe une façon de transcender l’oppression, c’est de courir un marathon de la manière que vous voulez ».

Euh… non.

C’est juste dégueu, en fait.

Bon dimanche ami lecteur, et surtout, ne prends pas les gens pour des cons. Ils ne le sont pas tous.

Et si tu n’as peur de rien, voici les photos :

http://www.people.com/article/kiran-ghandi-runs-marathon-without-tampon-bleeds-freely

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